lundi 18 août 2014

UNE ÎLE



CLAN PÊCHEUR


 Extrait... du prologue.



LE VIOLONISTE - Deux évènements c’est-à-dire deux hasards, deux rencontres, ont changé ma vie, ma façon d’espérer, et ma façon de penser. La première avec la mer, quand je suis né, la seconde avec toi. Toi, la femme qui m'a fait découvrir l'amour, toi la femme qui est la terre  d'où je viens.





Oui la terre est une île. Et toi tu es une île.


SIMON -      Le clan est issu de la terre, elle est une femme, La terre c’est notre mère. La mer. Y a toujours quelque chose de profond, de vivant qui reste endormi. Mais si ça va de travers, y a encore des trucs sacrés pour le clan qui est encore vivant.
 

Parce qu’au fond, cette rencontre m’a appris ce qu'est une civilisation. Et une île qu’est-ce que c’est, sinon cette courbe légère où la mer touche la terre. L’une sans l’autre elles ne seraient plus qu’un univers sans avenir. - Comme toi sans moi, et moi sans toi - . Le contraire d'une civilisation. Et entre elles, comme entre nous, se régénère inlassablement, l’amour, le dessous du fond d’où vient l’amour, et c’est Kanumera. La plus belle plage du monde, comme toi, la plus belle femme du monde. Et si la rencontre éclaire un nouveau monde, une autre existence voit le jour.






Et c’est Vaa Maa qui m’a ouvert les yeux.

Merci d'exister, Maurice.


A demain

dimanche 17 août 2014

UNE PETITE CHANSON, UN PETIT PAPILLON.



CLAN PÊCHEUR

 Extrait... La Rencontre


Ils l'ont tous rencontrée: le gamin qui vient de Thaïlande, le pêcheur qui vient de Californie, le violoniste qui vient de Corse, Capitaine Sauvage qui vient de Papouasie, et moi qui viens de nulle part, tous en des endroits et des temps différents. Et chaque fois ça donnait quelque chose comme ça...

Sa grand-mère l’attendait contre la rampe du wahrf. Quand elle a freiné le camion, sur le gravier de corail devant le pont, elle a baissé la tête. Elle a laissé ses cheveux me dérober son visage. Je lui ai demandé de m’avancer jusqu’à Kanumera. Elle ne m’a pas répondu. Elle parlait dans la langue à sa grand-mère. La vieille a ouvert la portière. Elles négociaient quelque chose. Je ne comprenais pas quoi. Je me disais elle va bien finir par lever les yeux sur moi. Et puis j’ai compris. « Attends, crétin, attends, pourquoi te presser, tu ne vois pas que c’est là que tout existe, dans cet instant ? ». J’ai attendu. Muet, le regard braqué sur elle, j’ai attendu. C’est l’histoire du temps vous comprenez. Laisse le temps faire ce qu’il a à faire. Elle maintenait sa tête tournée à l’opposé, et je priais pour qu’elle me regarde. Regarde-moi, regarde-moi. Tout ce que je sais c’est que je serais resté éternellement. J’étais arrivé. Tout autour du camion rouillé, des dizaines de papillons violets tournoyaient et valsaient dans la musique de nos bouches silencieuses. J’avais la main posée sur la carrosserie, et l’un d’eux s’est posé sur mon doigt. Il a refermé ses ailes soyeuses et s’est tu lui aussi. Je l’observais agiter ses minuscules antennes qui me sondaient. Il est resté longtemps. Il avançait sur ses fines béquilles noires et semblait reconnaitre l’endroit. Elle est sortie lentement, quittant le siège brûlant. Elle a regardé ma main. « Jamais un papillon ne s’est posé comme ça, sur moi! ». J’ai avancé la mienne et l’insecte éphémère a traversé l’espace jusqu’à son index. Nous attendions que quelque chose se passe, bien certains cependant, que ce qui devait se passer, était en cours. « On dirait un mariage », j’ai murmuré. « Je n’ai jamais fait ça », a-t-elle soufflé. « Moi non plus», retenant l’espace pour que plus rien ne change. Pour que tout ce qui était là, sur ces murmures, confirme bien que tout était là, et que plus rien ne manquait à la vie toute entière. Et que tout suffisait à ce tout, où rien n’était en trop, où il ne manquait rien. Le temps pour nous, notre ange gardien. Comme je l’aime, bien plus encore que le futur ou le souvenir, oui, nous en sommes là ma merveilleuse, celle que j'attendais, tu m'as tout appris en un éclair de ton mouvement. Moi aussi je suis parti me cacher pour pleurer. Elle a crié « Vous savez ce que ça veut dire Kanumera ? Le dessous du fond d’où vient l’amour ! ». Ah oui. L’amour. Et j’ai passé le reste de mes jours à côté d’elle, en elle, elle en moi, pour toujours. « Alors, vous montez ? ». "C'est quoi le nom à moitié effacé sur la portière?"

Ouaméo.

Et tous tombaient invariablement sur Simon qui racontait son histoire:

SIMON: Tu peux laisser ton bateau dans la baie pour la nuit, si tu veux, mais après tu t'en vas. Et tu restes sur ton bateau. Tu viens pas sur la plage.
CAPITAINE SAUVAGE: Oui...  la nuit... c'est comment le nom de cette baie?
SIMON: Ouaméo. Ici c'est Ouaméo. Mais toi, le blanc, tu n'as pas acheté la carte? C'est toi qui l'as dessinée, pourtant. Que tu es venu nous casser les oreilles avec tes grandes phrases, et ton grand géomètre, et fais ceci, et fais cela... Si tu t'en sers pas, ça sert à quoi alors de nous avoir mesuré l'île dans tous les sens pour la diviser et y amener tes déportés?




A demain mon île, mon air, ma gamine, ma magnifique, ma jungle tropicale, ma douce orchidée, ma terre, mon océan, ma tortue, mon margouillat, mon velours sous le doigt, ma peau, ma chair, ma vie.

samedi 16 août 2014

"TU FAIS PARTIE DE CES RARES HOMMES QUI, POUR LE MEILLEUR ET POUR LE PIRE, SAVENT TRES EXACTEMENT QUI ILS SONT"

CLAN PÊCHEUR


 Extrait...

Jim pêchait la biche de mer depuis toujours. Il en avait trouvé en Indonésie, en Malaisie où on l'appelle "Trepang", dans les Antilles, en mer de Chine, en Micronésie, en Polynésie, et pour la première fois en Nouvelle-Calédonie où on l'appelle la bêche de mer ou biche de mer. 
C'est en regagnant la plage, ses paniers pleins, qu'un coup sur le crâne l'avait endormi pour quelques heures. Il grelotte maintenant de toute sa peau. Un coup d'oeil rapide vers sa barque lui confirme qu'elle a disparu.

Nu et trempé, il marche en vacillant vers la route de Nouméa, quand une petite et vieille Peugeot 206 s'arrête devant lui. Le kanak qui conduit, Simon, l'embarque et l'abrite pour la nuit. Il lui raconte alors, une étrange et bien belle chose. L'histoire du "Clan Pêcheur" de l'île des pins.

SIMON: Tu serais pas un peu inca, toi?
JIM: Aucune idée. Pourquoi pas? Mais je n'en sais vraiment rien. Ou plutôt je suis bien certain que non.
SIMON: Je t'emmène demain à Kunie. Par le bateau, le "Betico". Tu pourras pêcher la biche de mer, et je continuerai l'histoire.
JIM:  Je rêve d'un trésor, et tu m'offres une île entière? Pourquoi?
SIMON: Ce n'est pas un cadeau, c'est une charge, un devoir que tu peux refuser. Mais tu es blanc et tu me dois quelque chose.
JIM: On ne se connait pas! Parce que tu es noir, tu veux me faire cracher tout ce que j'ai?
SIMON: Tu me dois quelque chose depuis toujours. Et tu sembles l'avoir.
JIM: je n'ai rien. Tu l'as bien vu quand tu m'as ramassé sur la route.
SIMON: C'est en toi, malgré toi. Tu n'as dit que trois mots, ou à peu près, mais tu fais partie de ces rares hommes qui, pour le meilleur et pour le pire, savent très exactement qui ils sont. Cette histoire je ne te l'offre pas. Je t'en fais le gardien. Parce que tu es blanc et que tu me dois quelque chose. Et que je t'ai choisi pour ça. A demain.

Jim a dormi sur la natte, écrasé de tout son poids sur le côté droit. Et comme toutes les nuits, et les nuits les plus courtes, il a rêvé d'elle. Sa belle jeune femme, la femme de sa vie, celle qu'il doit rencontrer, celle qu'il attend depuis qu'il pêche, depuis qu'il l'a vue briller dans les yeux des tortues. Il rêve d'elle et la dessine, et la redessine, comme toutes les nuits. Comme toutes les nuits, il lui parle et lui murmure à l'oreille mille phrases, mille mots, mille baisers, et la caresse de mille souffles. Sa propre voix l'éveille, à 4h, comme souvent, et il s'entend dire, dans la mousse des doux cheveux qui bordent l'oreille du beau visage de sa merveilleuse: "Pourquoi la raie de tes fesses captive-t-elle autant mon imagination ? C’est une question déroutante!" 

SIMON: Tu es prêt? Le gardien de l'histoire du Clan?



Belle biche de mer


A demain

vendredi 15 août 2014

TU CROIS QU’IL Y A BEAUCOUP D’HOMMES QUI M’ECRIVENT DES LETTRES D’AMOUR ?

CLAN PÊCHEUR



 Extrait...




OUAMEO





Ils l’ont laissé sur le sable. Les membres défaits de toute posture, les os brisés, les yeux fermés. Au-dessus de lui, la lune se penche sur une route ouverte dans les nuages blancs. Dans ce rayonnement qui réduit les distances, la peau du gamin s’irise du bleu des méduses immortelles. La lampe de sa vie n’est pas éteinte. Une paupière frémit. Il réintègre lentement sa conscience, il reprend forme, retrouve un LUI, puis un œil s’ouvre vraiment. Il n’y a rien à voir hormis l’aveuglement. Il ne bouge pas non plus. Il fait le tour de lui-même, le compte de ses os, de ses nerfs, de ses veines, de son souffle. Lui qui court les jambes brisées depuis plus de quinze ans, et qui dort avec la douleur, s’éveille avec la douleur, mange et vit, avec elle en lui qui respire, lui qui l’oublie, puis la ressent, la chasse et la reprend, lui qui la fait renaître cette douleur à chaque mouvement, il s’interroge sur la qualité de ce qui est maintenant dans son corps. La torture qu’il a subie inventerait d’autres souffrances ? Ils l’ont brûlé, ils l’ont battu à coups de « tamioc » sans le tuer. Ils l’ont lacéré de coups de lames, ils lui ont brisé les muscles. Toutes les plaies l’enveloppent en une seule ouate. La torture dans laquelle il a nagé a-t-elle inventé d’autres douleurs ? Mais son corps ce n’est rien. Sa peau, son sang, ses artères et sa chair, ce n’est rien. Ce n’est rien à côté de l’absence. Elle n’est plus là. Le clan ? La famille ? La grande chefferie ? Elle n’est plus là. Depuis plus de huit jours aujourd’hui, il contient la souffrance de son absence. Cette douleur est plus féroce que celle qu’il endure depuis toutes ces années. Le corps, ce n’est rien quand l’âme et le cœur sont blessés à ce point, et cette blessure le déchire bien plus fort. Elle tenait sa main, elle parlait dans son oreille quand ils l’ont rattrapée. « Je t’aime tellement mon petit bout d'amour ». Il ouvre la bouche, et en un hurlement de loup il se met à pleurer. Les harmonies crayeuses du cri qu’il pousse, projettent mille plaintes déchirantes qui se propagent au-delà de la lumière fiévreuse de la pleine lune. Les larmes aiguës atteignent les sonorités perlées d’un opéra préhistorique. Il reprend l’air et repousse le cri. La mort le fouette en pleine voix. C’est bien ce qu’il veut, mais ce n’est pas ce qui se passe. Il doit se relever, renifler sa morve de gamin, se remettre debout, et marcher. Avancer encore. « Ma merveilleuse, ma magnifique, ma amour, je suis là, j’arrive, je viens, je suis là ». Un pick-up rouge rouillé fracasse la plainte railleuse du gamin. Le camion freine dans un orage de tôles tranchantes. Le clan pêcheur le ramasse. Il s’écroule dans la benne puante, au milieu des caisses bleues débordantes de seiches et de mulets. Une dernière narine tire un mot d’amour, encore un, « ma musique, ma chanson… ». et le gamin reperd conscience.
 



LA BAIE DES CRABES

CAPITAINE SAUVAGE: On va sur Ouaméo. La pluie ne va pas tarder. On reviendra demain.
LE GAMIN: Arrête! Arrête le camion. Ecris ça! Ecris pour moi. Ecris lui!
Je te dis:

"Ma amour, j'ai peint ton portrait cette nuit, sur une bande de tissu envahi de petites tortues alignées les unes derrière les autres. Elles vont sagement vers toi, le nez levé vers ton sourire, tes dents si douces éclairant leur chemin. J'ai tracé du bout du doigt le contour de tes yeux, jusqu'au bord de tes cheveux. Quand je regarde autour de moi tu es partout. La douleur de l'absence est une malédiction bien plus tyrannique que toute autre. Sais-tu qu'il n'y a rien de plus beau que le mouvement de ton corps qui respire, qui se lève, qui se met sur la pointe d'un pied, qui ouvre une lèvre rouge, qui souffle une petite fuite d'air? Rien de plus beau que la vie qui t'anime. Rien de plus beau que toi, belle jeune femme vivante, qui est tout pour moi..."
CAPITAINE SAUVAGE: Tu peux... deux secondes?
LE GAMIN: Non, j'ai tellement peur d'oublier. Ce que je dois lui dire. Ecris, écris, écris...

mercredi 13 août 2014

LE THEATRE ET SES ESPERANCES

Quand on se retrouve comme après Le Songe pour une préparation à une suite, je suis seul après votre départ et je m'interroge sur ce que j'ai oublié. Oubli pour l'organisation, mais oubli de l'essentiel. Est-ce que je vous ai dit l'essentiel? Est-ce que nous avons évoqué ensemble l'essentiel?

Alors, tout en pensant, tout en me questionnant, je retrouve le rêve.

Je rêve de vous et de Conduite,
Je rêve que je n'oublie pas, 
Je rêve que vous, les acteurs, vous soyez pleins de cette fougue,
Que vous ne fassiez rien dans votre vie par habitude, par profession, mais par passion,
Que vous vous lanciez dans le théâtre comme vous vous lancez dans votre vie, sans ordinaire,
Sans rien qui soit ordinaire, 
A la recherche à chaque seconde de l'évènement intérieur qui vous fasse vous dépasser,
Qu'aucune des situations que le théâtre vous propose ne vous semble ordinaire, et que vous la rendiez sublime, incandescente, avec un désir qui ravale l'usuel, le quotidien, 
Avec toute la force des héros de légende, avec toute la mythologie derrière vous, que vous donniez vie à vos personnages avec fureur, que vous incarniez à chaque seconde, toutes les flammes de la vie,
que jamais rien de ce que vous jouez ne vous semble simplement votre profession, mais l'expression rare de votre âme, de votre désir secret, de la musique qui est en vous, de la colère qui est en vous, de la révolte qui vous a fait choisir la voie de l'art,
Qu'à chaque seconde de votre vie - elle est si courte et si rapide - vous vous étonniez de vivre de ce choix qui n'est pas celui de l'aliénation, mais au contraire de la liberté, comme dans votre vie passionnelle, que vous aimiez avec fureur et que jamais l'ordinaire ne vienne écraser vos rêves d'amour, de la vie, vos rêves de l'existence, du monde,
Que jamais l'ouvrier ne dépasse l'artiste, que jamais le raisonnable n'écrase la douleur, la souffrance, que vos blessures vous inspirent le nouvel univers, que votre laideur fasse étinceler votre beauté, que votre peau frémisse de la certitude de la mort, et rallonge les secondes de votre vie, que vos différences s'entrechoquent et s'imbriquent les unes dans les autres,
Que jamais vous ne veniez sur le plateau sans la profonde volonté d'en extraire l'essentiel surtout en répétitions, que quel que soit votre rôle vous en fassiez une exception, une légende, avec ou sans mots, avec ou sans musique, avec ou sans lumière, avec ou sans costume, que déjà, à peine un pied dans le noir, vous éclairiez une route inconnue et que ce soit là pour vous votre maison, l'exploration,les mains griffées par les épreuves, les pieds en sang, que vous avanciez toujours en abattant les murs, les tempêtes, les monstres, vos monstres intérieurs qui tentent de vous dominer, ceux de la tranquillité, du loisir, du confort,
Que jamais rien ne vous semble confortable, que votre corps s'épuise à défricher le chemin dans le théâtre, que la guerre contre l'inutile et la bêtise fasse de vous des vainqueurs, des poètes, des peintres, des sculpteurs, des brasseurs de chair, des modeleurs de sang, des accoucheurs, des fous, des funambules... que vous soyez conscients toujours que le public n'aime pas les artistes, mais les avale comme un médicament, comme un antibiotique, et les choisit pour se guérir lui-même, au prix de votre âme à vous...
Oui chaque fois que ces réunions prennent fin, que vous êtes tous sur les routes qui vous ramènent dans une autre vie, je pense et je m'interroge sur la troupe dont je rêve, sur les acteurs dont je rêve, et je me dis, est-ce que je n'ai pas oublié quelque chose? Est-ce que je n'ai pas oublié de leur dire quelque chose? Est-ce que je n'ai pas oublié d'écouter quelque chose? 

Est-ce que je n'ai pas oublié l'essentiel?

Est-ce que nous n'avons pas oublié d'évoquer tous ces désirs ensemble? Est-ce que nous n'avons pas oublié d'évoquer ensemble l'essence de notre propre vie, le sens de notre existence d'artistes?  

...et la troupe c'est vous, des êtres exceptionnels, c'est nous et c'est ce que nous voulons, et ce n'est pas une bande d'acteurs, derrière moi, qui me suit, mais une bande de fous, de voleurs de sens et de défricheurs, une bande de voyous, de sauvages, qui se battent avec les mots de la poésie parce qu'ils pensent qu'on ne doit pas vivre sans la poésie et qu'elle est plus importante que l'économie, parce que sinon, à quoi bon Conduite Intérieure si ses créations ne sont pas des volcans en éruption, ses spectacles une matière brûlante en fusion? 

Toutes ces espérances trouvent racine en vous, ne l'oublions jamais, mais faisons que notre nature étouffe les ennemis de la liberté d'exister. Être.

mardi 12 août 2014

LE JOUR SE LEVE SUR KANUMERA

Heureusement qu'il y a le jour. Heureusement qu'il y a Philémon.



Que dire de son signe depuis sa barque, sinon qu'il me voit, qu'il reconnait ma silhouette, et que rien ne l'étonne, comme si j'étais là depuis toujours?

 Quelques mots devant l'océan, tous les deux les yeux fixés sur l'entrée de la baie. Comme si nous l'attendions ensemble. Elle viendra un jour. Elle va venir. L'hiver pousse le vent sur nos visages. Il est froid.





Et chacun repart se faire beau pour elle. Lui sur les vagues, moi sur les mots.

Le 13 août, il est 7h, et alors...

 
A demain.

lundi 11 août 2014

MON ÎLE

J'étais debout sous ma lune,
Elle me regardait renversée.
Ebloui  par la route qu'elle éclairait, je chantais dans ma tête,
Je chante encore en écrivant,
Cette belle chanson de Manset
"Y a une route"
"Si tu la prends qu'est-ce que ça coûte".

Et dans cette lumière, cette voie luminescente qui m'emporte vers mon île, vers la transparence de ses ailes et de sa boite à musique, les précieux mouvements de ses rivages, les innombrables fragrances de ses fontaines, les merveilleuses musiques de ses yeux, les magnifiques élans de ses appétits...  tout est en moi, tout vibre dans mon esprit, et tiraille mes muscles merveilleusement. Te voilà, comme je t'aime mon île, ma merveilleuse. Tu étais là. Tu es là et tu étais là. Toi que Shakespeare aurait tant aimé rencontrer, voilà que tu me prends la main, avec tes mots magiques, "mon compagnon". Comme tu es belle mon île. Tes mots dans mon oreille deviennent des chansons magiques, nos chansons magiques.

Je te dis bonjour mon île, oui c'est à toi que je parle, c'est à toi que j'écris, tu es là en moi,
Et je te dis bonjour mon île, ma merveilleuse,
Je dis bonjour à ce que nous allons écrire ensemble,
Car c'est pour toi que j'écris,
C'est pour toi que je vais vivre tous les jours qui viennent.
Je dis bonjour à la douceur qui s'échappe de tes paupières, je dis bonjour au parfum de tes bois, à l'iode de tes fleurs, au velours de ton pétale, à l'explosion de ta peinture, au rayonnement de ton ventre, à ce tout qui tient tout dans ma main, à la vallée qui s'ouvre sous mon passage, à la multitude des paysages que tu m'offres, à tous les cadeaux dont tu m'as déjà couvert, à tous ceux que je vois venir, à toutes ces dents qui brillent dans l'écume de tes plages rouges de ce corail qui te colore, toi ma plage blanche, ma page blanche, toi qui te penche sur mon épaule pour me souffler les phrases éternelles, ce beau noyau qui craque, et qui claque dans le vent de l'hémisphère sud, ma lune renversée, mon chemin sur la tête, toi qui vas me souffler sur la nuque, sous tes doigts si doux, le beau spectacle que je dois rapporter de mon lointain voyage.

 La journée fût pleine d'amis, de beaux poissons, de verres de rhum blanc, et légère de sommeil.


A demain. Mon île, ma merveilleuse, ma musique, ma guitare, ma caravane, ma lumière sur la route.
"Y a une route"
"Si tu la prends qu'est-ce que ça coûte"

A demain 
A ce demain qui m'emporte sur l'île des Pins, sur toi mon île. Demain je t'écrirai depuis Kanumera, ta belle plage, et j'écrirai sur toi. Ton corps sera alors un merveilleux paysage que je rêvais de peindre. Alors je te peindrai, avec mes mots, avec les mots des peintres, avec les mots des acteurs, avec les mots des noirs, des blancs, avec les mots du théâtre et ceux du clan pêcheur. Comme je suis impatient déjà de te retrouver, comme j'ai peur.