dimanche 23 août 2015

TELTANT... VOILA POURQUOI TOUT CA

Pour que jamais ne s'arrête ce qui se voit enfin dans un  virage, sur une petite route, quand trois mots se croisent et se reconnaissent, et que l'immense force qui se fabrique dans cette rencontre se retrouve inépuisable et se transforme inlassablement pour se renouveler, et que cette énergie coule dans les mots qui s'échangent, et que les voix fusionnent pour répéter ensemble, et que les lumières intactes qui brillent depuis des millions d'années s'ajoutent et se relaient, et que la poésie prenne le mouvement, que la musique transporte ce que les mots ignorent, que les âmes ne se détachent plus, que les vies vivent et ravivent et animent et construisent et fabriquent et créent et répètent et fassent et refassent les gestes qui leur importent, distillent les parfums et les vents qui leur échappent et capturent la forme du temps que les secondes et les mesures laissent filer et gonfler et emplir les espaces...

tu vois, c'est ça, tout ça, tellement difficile à dire... telltant...

Et le ruisseau coule et la rivière l'emporte et l'eau se fond dans l'air et les nuages glissent et l'hiver et l'été n'existent plus, seule la passion donne la vie...

LE SOLEIL, ENFIN... ET ... TU VOIS...



 Des jours et des jours d'une patience dont on ne se sait capable.

Des jours et des jours de questionnement, de remise en cause.

Des jours et des jours de délicatesse.




 Pour que, dans cette salle aussi anonyme que partout dans le monde, enfin...

 Les tortues se retrouvent.



 Pourquoi tout ça? Cette question qui revient sans cesse:"Pourquoi tu fais tout ça Christian?"

 Il est fou!

Tu y crois hein!



 Après avoir attendu, embêté tout le monde, après avoir changé mille fois de billet d'avion, de logement, de lieu de rendez-vous, sur la route, au bord de la route... fait du stop, marché...

Après les avions, les barrages des rouleurs aux ronds-points de Magenta de Nouméa;;;

 Oui pourquoi?



 Toujours la même réponse...

 Je ne vois pas d'autre issue.



Pour que le monde change, pour que les enfants voient d'autres femmes, d'autres hommes, qu'ils apprennent d'autres choses que ce qu'ils croient immuable...


Pour que le théâtre prouve encore qu'il est capable de montrer le chemin, quand tous seront capables de se regarder en face, dans les yeux, eux-mêmes...


Enfin est arrivée la première nuit de sommeil... et le premier jour de soleil et de vacances...




Pour qu'enfin mes tortues se retrouvent et se rejoignent et s'envolent encore plus loin que ce qu'elles espéraient. Voilà pourquoi.

vendredi 21 août 2015

LAST DAY IN ISLE OF PINES



 Ma tortue, je guette ta petite gueule d'amour au-dessus de la vague.

Viens me chercher. Je rêve de sauter sur ton dos, et de me laisser engloutir par un autre monde. Celui-là m'insupporte. Tu peux courir aussi loin que la planète te retient, les hommes sont les mêmes partout. Guère de surprises. Heureuses, je veux dire.



 En Kunié, tout ce barda accroché à ce cocotier vaincu signifie, j'habite là. Oui, pourquoi pas. C'est une des possibilités.
Comme le dit Paul qui vient me chercher tous les jours pour m'emmener vers la salle des ateliers " il y a du boulot".




 Aujourd'hui je squatte internet quelques minutes. Dernières lumières du Set-sun ce soir. Dernières paroles d'une chanson, et quelques pas de mes élèves autour d'un essai.


Ma tortue, mon gecko rieur, ma comète enflammée, ma musique, ma fontaine, hier soir sur la route à la nuit j'ai croisé une chouette qui volait à ma hauteur. Elle m'a bien regardé de ses grands yeux ronds. Je lui ai crié:  "Tiens, tu es là, tant mieux, maintenant je sais où je vais. Tu vois j'ai besoin que tu me montres la direction."


 La baie de Kuto, majestueuse dans ses dimensions. Elle confirme que l'appel de l'horizon engendre la méfiance envers ceux qui repartent. Les ceux de passage...



"Tu reviens quand, Christian?"


Je serai là. A demain...

mardi 18 août 2015

L'OISEAU DANSE, DANSE, DANSE...



 Il y a toujours un oiseau qui chante quelque part.

 Que vient faire le théâtre dans la vie des tribus? Il a curieusement soudain une place d'urgence. Enfin quelque chose qui m'excite et fait remuer le fond de la vie. Encore un deuil qui est venu nous intimer le silence. Puis un autre. La formation prend corps et creuse sa place.

 Chante mon bel oiseau du matin...



Déménager chaque jour. Nomade et têtu.















Les nuits sont courtes.











Où est passée la lune que je chevauchais?
Je t'espère.
































L'herbe des toits des cases vivra plus longtemps que moi.































Nous avons créé hier soir un tableau de l'espoir. Les rêves sont tellement doux, toujours. Calmes et paisibles.


Quelques jours vont certainement suivre sans réseau disponible. Un silence annoncé. L'écriture suivra cependant son fleuve. Nous nous verrons dans les étoiles, comme chaque jour, chaque seconde... Oui.

lundi 17 août 2015

BELLES PHOTOS SUIVENT... AVEC JOLIS MOTS ET JOLIS SOURIRES


Aujourd'hui, télégramme:
Pluie.
Coupures réseau.
Froid.
Et difficultés auxquelles je m'attendais.
En plein.
Bon... Je reviens plus tard avec le sourire, mais vivement les vacances...

Heureusement il y a les rêves avec toujours la douceur et la grandeur de ma mer à moi, avec sa rumeur la nuit, sa lumière le jour, et sa vague tendre sur mon épaule.

samedi 15 août 2015

TROIS COEURS QUI BATTENT...

Alors voilà. Entre ce bungalow et la plage, il y a ... toute une famille qui fait la fête. Un baptême et la sono à fond toute la nuit, les grillades et la bière qui coule à flot. A 8h ce matin les touristes de Nataïwatch ont la haine, ça se voit dans leurs yeux. Trop drôle. Et le personnel qui s'inquiète: "Pas trop dur pour dormir avec la musique?". "Non ça va." Mais les enfants ont hurlé la nuit à cause du bruit des basses profondes des chants dans la sono. Oui c'est la vie quoi.


Et à 8h il ne reste que les irréductibles, quelques vieux qui titubent, quelques jeunes autour d'une voiture, les enfants qui se cachent derrière une touffe de palmiers pour épier les adultes dans toute leur splendeur. Et sur Kanumera les ados ont fait un feu et dorment par intermittence.

Comme partout dans le monde non? Tout le monde se regarde en chiens de faïence et pense: "Alors quoi, je suis chez moi, je fais ce que je veux". "Franchement pour un séjour sur l'île des pins, ils font chier les kanaks!"

La pensée profonde du Blanc est plus forte que lui!

Bref... ça me fait rire. Je n'ai pas pris de photo. Juste envie de la décrire comme ça. En pensant à tous ces gens partout qui tentent de vivre un peu, de s'amuser, comme si c'était la seule façon de prouver qu'ils ont réussi, qu'ils sont heureux.

Je reviens tout à l'heure, mais avant il faut que je te décrive le second tableau.

Il y a un fond de ciel bien chargé, et une pluie fine tombe, légère, douce, à peine mouillée. Dans le cadre côté jardin une main sort ou entre dans la pluie. Côté cour un pied nu arrive. Entre les deux l'espace est brillant. Sur le sol un coeur bat. Il cache un autre coeur qui bat lui aussi. Et qui lui aussi cache un autre coeur. Ils sont trois à battre à l'unisson. C'est tout. Je veux dire que tout est là. Dans chacun d'eux il y a le sourire, la fièvre, l'émotion, l'avenir et le sang, la douceur et la beauté, l'imaginaire et le réel, les cheveux et la peau. 

Comme tu te souviens de cette pieuvre...
La même chose, là, dans un tableau.
Le tableau porte un nom écrit: deux coeurs pour faire vivre et le troisième qui les éclaire.

C'est une belle impro.

C'est dimanche et les autres sont partis à la messe. Nico m'a serré la main, et Guillaume a emporté les touristes vers la pirogue qui les mènera à la piscine naturelle d'Oro.

Et après on boira l'apéro. Toi, tu vas te coucher. Bonne nuit, petit alphabet...








L'AERODROME ET LE BAGNE - BALADE MAIN DANS LA MAIN - LA FILLE ET LE BAGNARD

 Quand vous viendrez jusqu'ici, vous passerez par là.

Tu vois, il y aura cet avion, des gens comme ceux-là, et puis plus loin, cette fille. On ne la voit pas bien sur la photo, mais elle y est.



Hier en soirée, j'ai rencontré la plus belle surprise du séjour. Une troupe de théâtre en pleine constitution, familiale et avide de formation, de nouveauté, de savoir, et d'abreuver le public de Kunie de ses messages. Stage de formation prévu lundi soir. Dans la tribu de Kere. Un immense plaisir. Immense espoir aussi. Du coup, avec Guillaume, on était tellement contents qu'on a bu deux verres de vin blanc.



On a travaillé sur des thèmes et des situations, et les extraits que je te montre en font partie. Et celui-ci aussi...



EXTRAIT...

Depuis qu'il l'avait aperçue sur son vélo, il ne pensait plus qu'à elle. Il la voyait partout avec sa jupe verte et son tee-shirt à petits pois, avec son gilet beige. Elle appuyait sur les pédales comme si elle s'enfuyait. Comme si elle courait pour disparaitre, se cacher. Depuis, il trouvait chaque jour un prétexte pour retrouver l'aérodrome. 



C'était facile avec toutes les navettes qui circulaient toute la journée entre les hôtels et les gîtes des baies de l'île. Il y en avait toujours une qui le faisait monter pour l'emmener. "Tu vas encore là-bas? - Oui, je veux être pompier!". Et il s'enfermait dans son impatience et sa hâte de la revoir sur son vélo.



Il a trainé un jour longtemps devant ce paysage. Seul, sur la route, il attendait le passage d'un minibus. Il regardait la mer et les nuages et se posait toujours la même question: "Pourquoi les hommes font-ils tant d'histoires aux autres hommes? Il en avait tellement vu de ces querelles, de ces malentendus, de ces disputes à tous propos. Pourquoi fallait-il qu'ils entrent sans cesse en conflits, en rapports de force, en quête de pouvoir? Tous ces hommes de sa famille... Avec la mer il n'y a jamais d'histoire. Avec la lune et le soleil, non plus. Ni avec les étoiles".
"Et pourquoi tu vas tous les jours là-bas?" Le chauffeur est insistant aujourd'hui. "Tout le monde le connait ton petit secret. Tout le monde sait bien que tu lui cours après." - "Et alors, je l'aime et ça ne vous regarde pas. Qu'est-ce que ça peut vous faire ce que j'ai dans mon âme?" - "Tu lui as dit?" - "Je ne lui ai jamais parlé. Pas besoin, elle le sait. Et elle aussi elle m'aime." - "A votre âge vous ne devriez pas penser à ça." - "Tu veux que j'attende d'être comme toi? Que tout soit fini avant de commencer?" - "T'es qu'un sale petit voyou. Descends du camion, sale morveux! Allez dégage!"

Dans les vapeurs acides du pot d'échappement, il a hurlé: "Tu vas mourir idiot sale imbécile. Tu ne sauras jamais ce que c'est la vraie vie. Tu crois que je vais oublier que j'ai rencontré la moitié de moi-même, la moitié de mes yeux, la moitié de mes sens, la totalité de mes espérances, la certitude de l'avenir et de l'histoire de l'univers et du cosmos, l'infinie quiétude et la paix de ma course, l'exacte route dans un seul mouvement, La plus belle femme du monde. Va mourir sale adulte cupide et ignorant!!!!"


 Et dans un dernier chuchotement, il a ri en crachant: "Si tu crois que je vais me soumettre à vos espérances sèches et sans espace, alors qu'elle, elle m'ouvre les voies de l'âme des planètes?"



- "Cette fille en vélo... c'est toute ma vie qui passe".




Un autre a essayé de lui dire qu'il ne connaissait rien à l'amour. Qu'à son âge on ne peut pas comprendre. Qu'il ne peut pas être à ce point têtu et sécher l'école et s'enfuir de la tribu, et se cacher dans la brousse, simplement pour courir après cette fille. Et les parents vont finir par se fâcher. Et ça fera une querelle de plus. Et peut-être que ça finira mal cette dispute. Qu'il y aura des bagarres et peut-être des blessés. Que les femmes pousseront des cris pour arrêter la violence des hommes. Que les autres enfants iront se cacher derrière les maisons, sous les lits, en pleurant. Que les anciens se mettront au milieu, et qu'ils auront des crises, des crises de gouttes ou des crises cardiaques. Et qu'il faut qu'il aille travailler au champ pour préparer la terre où planter les ignames. Et qu'il doit le respect à son père, à ses oncles, à ses pépés...




- "Mais je l'aime c'est tout, et vous n'y changerez jamais rien, personne..."


- "Tu finiras en prison."




- "Ca ne changera rien. Vous ne pouvez pas m'empêcher de l'aimer."




Ils l'ont enfermé quelques jours, pendant les vacances d'automne. Tout autour de l'aérodrome, la petite fille pédalait de toutes ses forces, toute la journée. Et puis un jour elle a rangé son vélo, et elle est partie sur la route. Elle a couru de toutes ses forces, et s'est arrêtée devant ce paysage... Elle a réfléchi une heure ou peut-être un peu plus, et elle a pris la direction de Vao, ses petits poings serrés.


A SUIVRE...

 Et quand on fait des impros sur ce thème, quelle imagination les enfants...



Les vestiges du bagne, c'est un projet dont on parle avec Guillaume depuis deux ans. Le transformer en un lieu de spectacles. Peut-être un festival!

Belle balade non?


A demain...