jeudi 6 février 2014

ROUTE DU JOUR ROUTE DE NUIT




Les jours s’allongent
Les jours ouvrent une bouche qui commence à murmurer
Quand les lèvres se séparent la pluie tombe
Oh mon amour cette pluie
Le vent léger se lève et ton souffle sourd, lent et parfumé
Les portières claquent dans cette eau glacée
Les vitres enfermées s’ouvrent, se ferment, s’ouvrent, se ferment
Rire
L’air agité chante
Une main douce s’avance
Rêve
Longue journée s’étire
Pas un seul jambon-beurre à l’horizon
Manger
Ce soir
Tout avance dans le labeur effréné
Le corps entend, rend ses désirs plus fluides
Les enfants jouent sur le plateau du 32
Devant
Mon île
Ma merveilleuse
Ma magnifique
Ma musique
Sur mon épaule
Sa chanson m’éclaire
Enfin la route
La nuit
Pendant que les autres dorment
Marcher
Rouler
Pendant que les autres dorment
Voler la vie
La parole
Voler le temps
Toujours
Pendant que les autres dorment
Entrer dans le rêve
Découper le sens de la vie
Etre
Jusqu’à l’implosion
La galaxie
Pouvoir enfin coucher sur le papier les yeux fatigués les membres impatients
Oublier
Les vibrations sonores
Chanter
Chanter le noyau précieux que les bras pleurent en se serrant
Le diamant brûlant que les draps glacés, avides et gourmands, boivent,
Aimer ce jour
Aimer demain
Bonjour ce jour
Bonjour demain
Bonjour toujours pendant que les autres dorment
Marcher encore
Tomber enfin
Joue grêlée
Joue plate mais chaude
Ce jour encore un jour jusqu’à ce que ce jour s’étire et ne finisse plus
Que demain
Bonjour demain
Espoir du jour

mercredi 5 février 2014

A TRAVERS LES YEUX DU CHEF DE CLAN




Où suis-je? Dans quel fleuve du temps suis-je tombé. Je regarde l'horizon et je sens mon île disparaitre sous mes pieds. Où t'en vas-tu belle île? La nuit a fait naitre une lune projecteur qui a vu entrer dans la baie la goélette des colons blancs. Ma merveilleuse, ma magnifique, te voilà partie bien loin de moi. La peur? Tu ne risques rien. Le début de la chanson tourne sans cesse devant mes yeux. Ne m'abandonne pas. Please. Mes pieds prennent l'eau. Le sable s'effondre sous moi quand tu n'es pas là. Je perds l'équilibre et forcément je tombe dans le gouffre. Le vide. Splash!!!! Dans l'eau. Me voilà dans la mer. Éparpillé dans les milliards de molécules de l'écume qui bout, je sens ton parfum d'orchidée, puis je sens le goût du cuivre des pétales gonflés, et je sens les doigts de la mer prendre ma main, mon corps se décompose, tout au bout de moi, il s'échappe en vibrations de l'esprit. Je m'envole. Dans ma main gauche, un tissu jaune faseille entre mes jambes, et claque comme un drapeau, dans ma course d'oiseau marin.





Vivre avec les kuniés me fait voir le monde à travers leurs yeux. Quand je raconterai l’histoire du Clan Pêcheur, je la raconterai à travers les yeux de Maurice le Chef de Clan. Il ne verra que des blancs dans son histoire. Mais le spectateur verra les bateaux français arriver. Les bateaux anglais arriver. Les français prendre possession de l’île. Les anglais rager de voir les français propriétaires de cette île qu’ils convoitaient. Il a vu arriver un objet inconnu, jamais vu à ce jour pour lui. Un objet magnifique c'est vrai qui l'a étonné, ravi, émerveillé.







 J'ai trouvé ces dessins sur les murs de l'école de Vao. Le bateau qu'il a vu arriver.

 La réponse qu'il lui a envoyée.

 


 Tu aurais répondu quoi, toi, au chasseur blanc qui crevait du sillon de sa barque, le corail blanc de ton île?

A demain 

lundi 3 février 2014

WHARF-THEATRE KUNIE-FERRY

 Mon île, mon quai, mon violoniste sur la jetée, tout au bout du grand wharf, maison de bois flottant où tu embrasses éperdument, ma merveilleuse, sur la pointe des pieds, ma magnifique avec tes mains dans les pins colonnaires, les doigts dressés dans tes cheveux, mon héroïne, ma drogue, ma princesse noire, ma vierge blanche, mon paresseux hippopotame rêvant d'Italie, de Florence, de peinture et de sculpture, mon cheval noir galopant dans mes nuits, mon réveil submergé de musique liquide aux notes aigües, pointues, ballerine étonnée dans son manège éternel... mon île, la scène s'ouvre... tes pas...





 SCENE ...

 LUI: La houle a roulé toute la nuit. Cette rythmique ronde et sourde m'a laissé sans sommeil. J'ai vu ses ancêtres. Son premier ancêtre. J'ai vu quand ils l'ont enterré dans le rocher dans la mer. Ils sont arrivés en chantant. Ils déroulaient les tissus, d'abord les feuilles, les tortues, les geckos, les mekouas, les mulets. Son premier ancêtre. Debout sur la plage, ils lui chantent leurs chansons intimes. C'est à lui qu'ils viendront demander pour la pêche à la tortue. C'est son "caillou". C'est à lui qu'ils offriront un igname, un tabac, des feuilles. Il posera l'offrande sur le caillou, il crachera les feuilles qu'il a mâchées, et il lui parlera. Il lui demandera de ne pas revenir les mains vides de la pêche. Puis, quand le soir arrivera, à 50m du caillou ils feront le rituel pour partir le lendemain. Personne ne doit le savoir. Seul le caillou sait. Le caillou, cet ancêtre avec lequel ils communiquent et qui, lui, communique avec la mer, les poissons, les tortues. Demain matin, le chef de clan viendra sur la plage, scruter le sable, pour y chercher la preuve qu'ils feront une bonne pêche: les traces de la tortue. Seul lui, le chef de clan, a le droit de venir voir. Quand il verra les traces il dira: "C'est bon on peut partir". Mais aujourd'hui, la tortue n'a pas laissé de traces. "On verra ça demain". Ils attendront toute la journée.





LUI:
Le temps, qu'est-ce que c'est le temps? 

Le coup de vent a balayé le bord de l'île. LUI est toujours debout. Mais il doit lutter contre la force brutale de l'Alizée. 

 Je regarde vers Ouameo. Je sais qu'elle est là-bas. Je regarde et je devine ses mouvements. Je cherche ses yeux. Je la vois toujours de dos, mais elle se retourne. Elle se retourne et son regard éclaire le monde devant moi.





LUI: Depuis que je suis seul dans l'île, j'ai oublié que je suis blanc. Seul blanc au milieu des kanaks, j'ai oublié que je suis blanc. Je me sens un autre. Je ne me vois plus. Je suis un autre, enveloppé de leur culture accueillante, chaude et généreuse. Quand par hasard à l'intérieur d'une maison, d'une case, je croise mon reflet, je ne me reconnais pas. Seul le chef de clan me rappelle toujours que je suis blanc.

LA FEMME BLANCHE: Il faut t'habiller aujourd'hui. Tu dois faire impression à ton arrivée au palais de justice. Tu dois être beau, et bien habillé. Tu as compris. Tu dois faire impression. C'est le premier jour de ton procès. C'est cette première impression qui compte. Si tu as encore un peu de raison, habille-toi. Réagis. Bouge toi un peu nom de Dieu...


LUI: Mon île, ma merveilleuse, ma magnifique, où étais-tu, où courais-tu, où vivais-tu, où dormais-tu...


A demain



dimanche 2 février 2014

RESSORT THEATRE SCENE ... MILIEU DE MON MONDE

Mon île, ma tortue, ma moitié, mon âme, ma chaleur, mon sang, ma merveilleuse, ma musique, autour de moi le jour est comme la nuit, l'alcool est comme la glace, mes pieds se posent dans le vent, mes mains inutiles pendent en larmes, le soleil ne vient pas jusqu'à moi, mon bateau, vent debout, recule, se soumet au courant et m'éloigne du bord, le feu ralentit son souffle... 


 SCENE...


LUI: Je suis assis juste au bord de la terre. 
J'attends.
J'écoute.
Je regarde vers la place du clan, je vois la baie et la frange de l'eau. Je vois où la mer va et vient.

 LA FEMME BLANCHE: Ca fait des heures que tu es là immobile, comme ça, en apnée, là, pas un bout de doigt qui bouge, pas un geste. Tu ne fais plus rien.

LUI: J'écoute. Je vois l'endroit où la mer va et vient. Je vois les sentinelles qui la protègent. Je vois les premiers gestes que j'ai faits vers lui. Le Bonjour, les premiers mots que j'ai murmurés, les pieds sur le seuil de leur terre, tout près de leur maison.

LA FEMME BLANCHE: Tu ne fais plus rien. Tu es tout entier prisonnier de ton rêve. Ouvre les yeux sur le réel. Reste à ta place. Tu n'es pas de leur tribu. Tu ne fais pas partie de leur clan. Tu es des nôtres. Tu es un blanc.




 LUI: Leur premier ancêtre était le clan pêcheur et de la Terre. Avec leur nom qui est une façon de dire "homme" et une façon de dire" étendue d'algues dans la mer, celles que mangent les tortues et les Mékouas". C'est le clan de la Terre et de la Mer.







LUI: C'est leur histoire. C'est son histoire. Et c'est à moi qu'il l'a confiée!


Mon île, ma beauté voyageuse, ma comète aux cheveux de feu, mon étoile, ma lune, mon horloge céleste, mon fil du temps, mon geste, mon bonjour, mon tabac, mon élan, mon corps se décompose, tout mon être est concentré en cet endroit tout au bout de moi, en cet endroit tout au fond de toi, en cet endroit où je commence, en cet endroit où je finis, en cet endroit où tu commences, en cet endroit où tu finis, et soudain tout s'élève, et je vole, je vole, je vole, et tu voles, et tu voles, et tu voles, et nous voilà dans ces lieux insoupçonnés, dans ces souffles mystérieux où ni toi ni moi ne sommes allés, dans ces paysages où plus rien ne nous connait, où nous ne reconnaissons rien, tous les deux sans bagages et absolument neufs.Sentinelles de la mer, gardiens tous les deux de notre histoire. 




A demain