vendredi 4 avril 2014

LE THEATRE ET LE MIRACLE DE LA VERITE

 Les cycles de la lune remportent chaque jour leur victoire insoutenable. Ne faut-il donc jamais dire le vrai? Tout autour de nous n'est donc que transgression et manipulation? Les épreuves rivalisent sur le terrain de la réalité au point que les questions éternelles de l'intégrité, de l'honnêteté et de la dignité finissent par vous mettre au tapis. Quand une compagnie construit son projet sur ses propres réalisations, elle ne fait donc que tendre le flanc fragile de son corps aux soit-disant amis?

LA BELLE HISTOIRE

" Les Alizés transportent la houle avec fureur.
Le gamin trouvait comique que les gens désirent des miracles, mais qu’une fois confrontés à l’un d’eux ils en soient complètement perturbés. Tout autour de lui les autres avaient pris un soin méticuleux à tout froisser de leurs mains afin de broyer ce qu’ils tentaient de ramener à leur pauvre réalité. Comme si cette apparition les menaçait dans leur certitude de leur propre vie. Le miracle s’en était trouvé déchiqueté à tel point que son existence fut ramenée à un tas de minuscules morceaux éparpillés sur le sol, emportés par d’infinis courants d’air, leur joyeuse et sublime grâce défigurée par les berges boueuses de leurs déchirures. Alors plus rien ne subsista et il remit sur son torse les carapaces de tôle de l’oubli. Ainsi les visions et les échos nocturnes des étoiles s’éteignirent soudain. Le ciel rendit sa présence invisible, la lumière se perdit dans un trou noir, et les rugissements de la foule des commensaux noyèrent les belles chansons, les folles balades sur le sable, et le nom même de Kanumera.

Les pieds dans l'eau, le gamin se laissait aveugler par les reflets luminescents de la lune sur la crête des vagues.

Il entra lentement dans l'eau.  

Il se sentait infiniment blessé par les apparitions miraculeuses qu’il avait découvertes. La vie aurait été plus facile sans elles.



vendredi 21 mars 2014

MARATHON-THEATRE et APPEL A SOUTIEN


 Courir, courir dans le jour qui se lève, courir sur le sable fin de la première vague, courir le coeur au calme et le souffle en paix, courir vers ce qu'on a jamais fait, courir encore sur un plateau tout neuf, un plancher sur lequel les chansons dansent sous les yeux des nouveaux spectateurs, courir sur les lames d'une scène toute neuve, sous un chapiteau tout neuf.


 Conduite multiplie les objectifs, multiplie les rêves, multiplie les risques et court, court, avec ses jolies jambes, ses muscles frais, son coeur sans frontière, ses poumons sans censure et la tête dans les étoiles.



Renseignez-vous si vous voulez soutenir l'action de notre compagnie. Sur le site, en envoyant un message, ou en téléphonant au 04 66 74 38 46.

A demain 

jeudi 20 mars 2014

LETTRE DES ÎLES

 Entre les étoiles et les coquillages, entre les dernières nouvelles des îles et une éternité couchée sur sa peau, entre la lumière de son apparition et l'éblouissement de l'attente, entre le balancement hypnotique des jours et la fulgurance du millième de seconde, entre l'écume de la vague et l'horizon déchiré par la brume, notre histoire file son encre et imprime son empreinte sur les tissus jaunes.


Comment ne pas voir partout que le théâtre est dans la lumière, comment ne pas voir que dans la couleur bleue de cette patte de crabe une fenêtre s'ouvre sur le merveilleux, comment ne pas voir dans ces rayures sur une carapace abandonnée un imprimé exceptionnel pour un tissu de Pacamambo, comment ne pas retrouver la couleur du tapis dans les nuances de ces morceaux de corail mort et de coquilles vidées, comment ne pas voir le lien entre Pacamambo et Le Clan Pêcheur quand tout afflue dans le même lit, dans la même scène, sur le même plateau. Partager ces couleurs, cette lumière, mon île, partager ce don que tu me fais de ces rayonnements cosmiques, de ces mots qui se rencontrent au fil des jours, Kanumera, Pacamambo, Kunie, du noir et du blanc, du vert et du rouge, des pierres poreuses aux carapaces vides. Ce bleu est magnifique. Ma merveilleuse, mon poème, ma musique, mon violet, mon émeraude, mon diamant, mon orchidée, me voilà immergé dans la double histoire Pacamambo-Clan Pêcheur, les pieds baignant dans la nôtre, la tête dans la galaxie de nos origines à tous les deux. Grâce et volupté, les mille feuilles de ma mémoire explosent. Bonjour.





La goélette surgit de la brume, derrière sa voile de sable cru, le soleil de l'île flashe un éclair qui grille la rétine et laisse sur son voile une silhouette crépitante qui s'avance sur l'herbe verte d'un matin radieux. C'est toi. Tu es là, je danse, je danse, je danse, je danse....

dimanche 16 mars 2014

SURTOUT POUR LES CHANTER, MES PERSONNAGES





Ils n’ont rien pas grand-chose
Des bottes et les pieds nus
Tous ils avancent
Tous ouvrent un chemin.

Ils portent les noms des visions aperçues
Celles que je tais que je garde en secret
Si j’en parlais on m’enfermerait
C’est moi tous un peu moi dans tous.

Ils regardent tous l’horizon
Assis debout trempés
La pluie le vent la glace
Ils sont chez eux partout.

Ils regardent tous le même point sur l’horizon
Les mêmes cheveux qui bougent autour des yeux
Les mêmes yeux qui se tournent vers eux
La même île, la même femme.

Sans elle ils se seraient tus
Ils n’auraient plus rien dit,
ils n’auraient rien écrit.
Elle les a arrachés à leurs sirènes
Aux armures d’acier qu’ils s’étaient clouées sur le torse
Ces démons qui les poursuivaient.
Elle leur a rendu le courage d’être et plus, la force de devenir.

Depuis quand ils se retournent la nuit
Ils ne forment plus qu’un.
Moi.
Parfois le mouvement du rêve ou du sommeil me décompose à nouveau.
Mes yeux s’ouvrent, elle est là, et nous voici tous fondus encore en ce seul corps qu’elle réanime chaque seconde, ma merveilleuse.

A demain

PACAMAMBO VISUEL


samedi 15 mars 2014

JE RACONTE DES HISTOIRES



J'écris des histoires pour vivre avec mes personnages. Comme moi ils n'ont rien. Comme eux je ne possède pas grand-chose. Ma guitare et mon chemin. Ils sont tous un peu moi et je suis un peu chacun d'eux. Comme eux je suis nomade. Comme moi ils se moquent du temps, et ne se frottent qu'à la nature. Comme moi ils ont leur île, quelque part sur l'océan, quelque part dans un pays, quelque part dans une maison. Une merveilleuse qu'ils ont rencontrée grâce à elle et à son cheval noir, une magnifique qui a des forces grosses comme des planètes et des chansons à vous faire pleurer. Comme moi ils l'aiment leur île comme ils n'avaient jamais osé imaginer qu'ils seraient capables d'aimer. Ils ont dépassé les mille et une vie de l'amour et sont arrivés là. Comme moi ils racontent leur histoire. Ils "lui" racontent leur histoire. Ils lui écrivent tous les jours. Ce que personne ne croira jamais, ne voudra jamais croire, c'est que ces personnages existent. Et ma merveilleuse existe. J'existe bien moi.





Ils ont arrêté le violoniste. Il jouait sur le port, les passants jetaient des pièces, les flics l’ont embarqué. Il a besoin d'argent pour rejoindre son île. Il a passé la nuit en taule. Au matin sa cellule était couverte de papier blanc :

« Je ne sais pas écrire. Je t’écris tous les jours. Mais je ne sais pas écrire. J’écris des histoires pour te parler. J’écris des histoires pour te raconter notre vie. J’écris des histoires que j’ai volées dans des mouvements furtifs, dans des millièmes de seconde, quand reste seule l’image sur la rétine, et que je la contemple à l’intérieur de ma mémoire. Je ne sais pas écrire. Je ne sais pas dessiner non plus. Mais je te dessine chaque jour. Chaque jour je prends du papier blanc et je te regarde. Je regarde la feuille blanche, je la regarde longtemps. J’essaie de trouver sa personnalité. Cette feuille n’est pas n’importe quelle feuille blanche. Je l’ai choisie et c’est elle qui va me guider. J’essaie de trouver les défauts du papier. Je cherche les imperfections comme j’adore tes imperfections. Je les colle à celles de ma feuille blanche et je cherche celles parmi lesquelles je vais choisir la trace où je vais poser mon doigt. Je regarde le papier, je prends de l’encre et quand je suis sûr d’avoir trouvé le point où tout va commencer, j’imbibe le bout de ma phalange et je tire le premier trait. D’un coup sans arrêter le mouvement. Je sais où relever la main. Voilà. Je commence toujours par le même tracé parce que juste en dessous et je sais exactement où, je vais poser mon ongle, pour dessiner le pli le plus fin, le plus arrondi, le plus attendrissant, le plus humide, le plus brillant. Le bord de l’œil. Je ne le rate jamais. Maintenant sur la feuille de papier blanc il y a quelque chose qui commence à vivre. Tout autour de ces deux légères traces grises, noires et bleu foncé, j’aperçois ton visage. Je pourrais m’arrêter là. Pour moi c’est suffisant. Je te vois. Tu es là, je te parle, tu me réponds, tu plisses tes pommettes, tes cheveux flottent dans tes mouvements. Tu ris. Ta voix enfle par instants, comme quand tu es heureuse, et qu’elle prend des inflexions soudaines et des plongées brutales tout au fond de ta gorge, puis remonte au bout des yeux et plonge à nouveau dans le ventre. Je ne sais pas dessiner mais quand je te vois si bien, je mets de l’encre sur les traits que je vois. Je prends tout mon temps pour la diriger sur ta pupille, où sa lumière plus légère donne un éclat bondissant, puis traverse mes propres yeux. Je ne rate jamais tes yeux. Je sais précisément où ils sont et ce qu’ils disent. Et ce que je sais aussi parfaitement, c’est où commence ton nez. Où il commence, où il s’arrondit, où il prend un air pointu et où il revient sous la narine et s’arrondit encore pour l’ouvrir et la faire vibrer. Je sais où est ta narine. Je la prends si souvent du bout de mes doigts. Je ne la rate jamais. Je sais parfaitement lui donner la boucle que j’aime et qui contient le secret des odeurs que tu cherches. Maintenant tu me vois, tu me sens, je te parle. J’ai pris la couleur rouge pour tracer ta lèvre. Je ne la rate jamais. Je sais où elle s’accroche au bord de ton nez, où elle va creuser ta joue. Je sais et j’y vais d’un seul trait. Tu souris. Voilà. Tu peux parler aussi. Tu souris, tu parles, tu me vois. Ton portrait je le refais tous les jours. Tous les jours je te retrouve sur un papier imparfait, plein de défauts, avec tous les petits morceaux de toi qui n’atteindraient cette beauté totale si je savais peindre ou dessiner. Mais quand je les sépare, toutes ces lignes et courbes et pointes et surfaces gonflées et creusées et coupées et qui se rejoignent et se croisent et se mêlent les unes aux autres, ajoutent une troisième dimension, puis une quatrième, puis dix, puis cent, parce que te voilà, tu es là, et tu bouges, et tu es mille, cent million de fois celle que je regarde. Je regarde le portrait fini. Au fond il n’y a pas beaucoup d’encre. Tous les traits tirés je ne les rate jamais. Je ne sais pas dessiner. Mais je connais le visage de mon île, de ma merveilleuse, ma magnifique et tous les jours je le refais et tous les jours je le réussis. Tous les jours. Tu es tellement vivante mon île. Et je suis tellement maladroit avec mes doigts, avec mes yeux, avec mes mots. Qu'est-ce que c'est ce type qui dit qu'il ne rate jamais ceci, jamais cela? Oui c'est vrai je ne rate jamais ton visage, je ne rate jamais ton corps, je ne rate jamais ta lumière, ils sont enfouis tout au fond de moi, et l'encre ne fait que les suivre.

Au matin les flics l'ont foutu dehors à coups de pieds au cul. Ils ont ramassé les papiers blancs, en gueulant des insultes à la porte que le musicien venait de passer sur le dos. Ils en ont rempli la corbeille de  l'accueil, en bas. Quelques morceaux sont tombés à côté. Lentement s'est formée une goutte d'eau salée qui a commencé à se faire une voie vers la porte. La petite goutte a grossi et la corbeille a chaviré. Les morceaux de papier se sont laissés emporter par ce petit ruisseau sauvage. Mon île, insoumise et rebelle, grosse comme une vague, un tsunami de bonheur. Tu viens me rejoindre. Et le violoniste a commencé à jouer.»